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DESCRIPTION
La vie du livre Monsieur Ouine est aussi agitée et voyageuse que celle
de Georges Bernanos. Commencé à Toulon en février 1931, abandonné et
repris en décembre 1932, en parti perdu - une vingtaine de pages manuscrites
qui seront à réécrire s'envolent de la sacoche de sa moto entre Aix et
Marseille -, le roman, annoncé chez Plon pour 1935, est achevé en 1940 au
Brésil après les pérégrinations de son auteur d'Espagne en Paraguay. Édité
en 1943 chez Atlantica Editora par Charles Ofaire, un éditeur suisse installé
à Rio, il paraît finalement à Paris chez Plon en 1946.
En 1943, trop occupé par son installation dans une fazenda du bout du
monde, Bernanos a donné son accord à Ofaire sans corriger les épreuves.
En juin 1945, à la veille de son retour en France, Bernanos remet à son ami
un paquet volumineux et bien ficelé : " Gardez ça, si vous le voulez bien.
Je ne peux pas le transporter en Europe, c'est trop encombrant. " Trois ans
après la mort de Bernanos, da Cunha ouvre le paquet. Il y découvre des
copies d'articles, le début d'un ouvrage que Bernanos envisageait d'écrire
sur Martin Luther, et des dizaines de feuilles portant des passages inconnus
de Monsieur Ouine. Venu en France, il les confie à Albert Béguin qui, en
1955, publie le roman dans sa totalité.
Paradoxalement, il naît une oeuvre parfaitement construite et achevée avec,
sur fond de crime non élucidé, un début - la rencontre d'un enfant et d'un
homme -, une fin - la mort de l'homme et la solitude de l'enfant -, des épisodes
intercalaires qui, par petites touches comme d'un tableau, éclairent le
sujet du roman, sa raison d'être : la mort intellectuelle et spirituelle d'une
communauté que symbolise la destruction de l'enfant Steeny par le génie du
mal, Monsieur Ouine.
Mettre au point une telle fable, en maîtriser les différentes parties qui relatent
les faits du quotidien d'un village où un crime suscite les suspicions
et les dénonciations anonymes, pour finalement conduire le lecteur à la
fin d'un monde par le truchement du désespoir d'un prêtre, ce n'est pas là
de ces oeuvres littéraires qui coulent aisément de la plume, surtout quand les
problèmes matériels de la vie de tous les jours posés au père de famille
s'ajoutent aux angoisses du romancier qui délaisse son oeuvre pour d'autres
dites alimentaires.
Avec le filtre du temps, Monsieur Ouine est aujourd'hui considéré
comme le sommet de l'art de Georges Bernanos. D'abord titré La
Paroisse morte, il s'agit à la fois d'un récit policier et d'une galerie de
portraits où l'on retrouve les personnages bernanosiens déjà rencontrés
dans les précédents romans. Comme une sorte de viscosité cachée, se
trouve l'étrange ancien professeur Monsieur Ouine dont le corps est mou,
l'esprit perdu et la souffrance terrible. On commence à lire ce roman dans
la chaleur étouffante d'une journée d'été dans un maison morte - la maison
d'un mort homonyme - pour le terminer autour du corps flasque et suintant
de Monsieur Ouine.
Georges BERNANOS (1888-1948), homme de foi et de passion, chrétien
de combat et solidaire des pauvres, anticonformiste et polémiste,
débute dans le journalisme en collaborant à L'Action Française. Il
rompt toutefois avec Maurras dès 1932, allant jusqu'à critiquer âprement
nombre de principes qu'il avait jusque-là défendu et se rapprochant
entre autres de Mauriac et Malraux. À son retour des tranchées
en 1918, il devient inspecteur d'assurances. Son premier roman, Sous
le soleil de Satan, publié le 18 mars 1926 (il a alors 38 ans), remporte
un succès considérable qui le convainc de se consacrer exclusivement
à l'écriture. S'attaquant au conformisme bourgeois au nom de
ses convictions catholiques, s'affirmant " ni de gauche ni de droite "
et ne se rangeant dans aucun parti, le romancier du " réalisme surnaturel
" et des conflits intérieurs est surtout l'ennemi de toutes les veuleries
qui diminuent l'homme et de toutes les tyrannies qui l'écrasent.
Bernanos s'installe aux Baléares en 1934, où il écrit son second chefd'oeuvre,
Journal d'un curé de campagne. Lorsque éclate la guerre
civile espagnole, écrivain témoin de son temps, il ne tarde pas à
prendre le parti des victimes dans le violent pamphlet antifranquiste
Les Grands Cimetières sous la lune (1938), pourfendant avec véhémence
la compromission du clergé. Face à la montée des fascismes,
il quitte ensuite l'Europe pour s'installer au Paraguay (un rêve d'enfance),
puis au Brésil, où il entreprend l'élevage de buffles. Il y passera
la guerre en défendant sans cesse la cause de son pays déchiré et
devenant l'un des plus grands animateurs spirituels de la Résistance
française. En juillet 1945, Bernanos rentre en France où il meurt trois
ans plus tard. Son oeuvre romanesque est constamment rééditée.
- Dimensions du Livre216 x 1600 x 142 cm
- Poids430 g
- ISBN-139782859207823
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